19 février 2008
J'ai envie de mûrir
J'ai changé.
Je fumais ma cigarette, assis sur le toit, regardant la lune
dans la nuit au froid bien doux.
Mes pensées se sont imbriquées, comme un tétris, aux couleurs pleines de nuances.
J'ai envie de lui dire que je regrette.
Envie de dire à Romain que je regrette tout ce que j'ai pu dire, sans réclamer rien.
Envie de lui dire que ce sac que j'ai vidé sur lui était celui d'un petit garçon qui voyait son monde s'écrouler.
Envie de lui dire qu'il ne méritait pas ce que je lui ai dit.
Envie de lui dire que j'ai grandi, que j'ai changé, que je regrette de l'avoir perdu.
Envie de lui dire que je l'ai sacrifié pour une connerie, comme on emmène un prisonnier au peloton, par haine du monde, par peur.
Envie de lui dire que je le remercie de tout, d'absolument tout, son hospitalité, sa sagesse que je ne voulais voir, sa compagnie.
Envie de lui dire que parfois, il me manque, que parfois, je pense à lui, que parfois arrive finalement souvent.
Envie de lui dire que j'ai tué notre amitié par stupidité.
Envie qu'il le sache, parce que j'ai été stupide, qu'il sache que je n'ai pas pensé ce que je lui ai dit penser si souvent.
Envie de lui dire que la mauvaise foi et l'aigreur était mon totem.
Envie de tout cela sans pouvoir, parce que la peur de son rejet me donne des frissons.
Être jeté par lui m'a toujours fait peur, alors je l'ai jeté en premier. Aucun pardon n'est attendu, aucun mot de sa bouche n'est espéré, j'ai juste un besoin qu'il sache. C'est un homme qui a compté, beaucoup, et ce qu'il m'a apprit, ce qu'il m'a montré, je l'utilise souvent. Il a fait de moi quelqu'un de meilleur et je ne lui ai jamais dit merci.
J'ai envie de lui dire que je ne l'aime plus, mais qu'il a été important.
Envie de lui dire que j'essaye de me protéger de son jugement.
Envie de dire à Hadrien que je l'ai aimé, longtemps, fort.
Envie de lui dire que je ne lui en veux plus, que je l'apprécie, qu'il me manque souvent, que j'ai l'impression de renier mon passé en le tenant à l'écart.
Envie de lui dire que PafZeCat peut être finalement un ami.
Envie d'être dans ses contacts, d'être dans sa vie et lui dans la mienne.
Envie de lui montrer que je suis un autre, un homme meilleur, pour qu'il sache ce qu'il a aidé à créer, ce qu'il a modelé.
Envie de lui souhaiter sincèrement le bonheur dans sa vie amoureuse et même tout court, d'être celui qui sourira lorsqu'il sera heureux.
Envie de lui parler de ma vie, d'écouter la sienne.
Envie de partager des choses avec lui, d'être plus qu'un ex, un ami.
Envie d'enterrer cette réaction infantile, celle qui me rend méchant, celle qui me rend con.
Envie de savoir ce qu'il devient, ce que j'ai aidé à faire.
Mais j'ai peur, parce que je suis un homme qui ne craint pas le regard des inconnus, mais celui des personnes qui comptent dont les jugements sont des poignards. Il n'aimerait pas forcément celui que je suis. Je n'aimerai pas forcément celui qu'il est. J'ai changé, lui aussi surement, mais comment imaginer qu'on puisse se retrouver sur la même longueur d'onde ? Peur de voir un inconnu et de ne plus percevoir en lui celui qui me faisait rire, celui qui m'a fait devenir celui que je suis. Peur qu'il me trouve trop extraverti, trop changé, trop différent. Peur qu'il ne m'accepte pas. Je lui ai dit merci, mais la fin que ce remerciement avait me laisse sur ma faim. Il est une partie de moi, pour de bon, et je l'ai chassé.
J'ai envie de montrer que j'ai changé.
Envie de leur prouver que j'ai mûrit.
Envie de leur prouver que je suis un autre, plus posé.
Envie de leur prouver que je suis encore intéressant.
Envie de leur prouver qu'ils m'intéressent encore.
Mais j'ai peur.
J'ai envie de mûrir.
Juste assez pour passer au delà de cette peur.
J'ai envie qu'ils me lisent.
Envie qu'ils me laissent un message, même de haine.
Envie mais peur.
Le goût de la clope est sur mes doigts, sur ma langue, dans mon haleine, et j'aime.
Le goût de la vie est sur ma peau, dans mon regard, mêlé à ma voix.
Le goût d'un fruit sucré qui prend de la force.
Oui, peut-être bien que j'ai mûrit en fin de compte.
Assez pour leur faire savoir qu'il y a quelque chose ici pour eux.
J'ai assez mûrit pour prendre le risque d'être un homme meilleur.
Quitte à me prendre des baffes, des jugements, des rancunes.
Je suis un adulte.
